Animation d’une plateforme de concertation sur un front pionnier amazonien

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Pays : Equateur - Commanditaire : Cirad - Iniap - Période : de février à juillet 2006

Objectifs

En amont de la mise en place du projet FLOAGRI, visant l’amélioration de la gestion forestière sur d’anciens fronts pionniers amazoniens (au Brésil, au Pérou et en Equateur), notre démarche de Vidéo Participative jouait le rôle de diagnostic préalable. Au cœur de la zone équatorienne du projet, sur le canton de Tena, nous devions créer une représentation commune des dynamiques territoriales afin d’orienter les futures activités du FLOAGRI dont l’idée centrale était de proposer aux familles indigènes des alternatives économiques à la coupe du bois. L’objectif de notre intervention était de réunir l’ensemble des acteurs locaux concernés par cette problématique et d’amorcer une réflexion collective visant à définir ensemble les difficultés à surmonter, puis à discuter des activités que le projet pouvait envisager. En parallèle, la vidéo explicitait au public les intentions de ceux qui le finançaient et l’exécutaient. Il s’agissait donc de proposer un canal de communication à double sens entre le projet et ses bénéficiaires, pour favoriser la participation de ces derniers et la pertinence des actions financées. Or Localement, les pratiques de gestion concertée étaient quasi inexistantes. Dans un contexte de décentralisation, les institutions évitaient d’échanger leurs informations et les rares espaces de dialogue identifiés étaient de nature informelle et se limitaient à des rencontres entres techniciens. Pour sa part, le lien avec les communautés rurales se réduisait à une relation de clientélisme politique. Cette situation se traduisait par un manque de vision globale en termes d’aménagement du territoire, et par l’existence de nombreuses activités redondantes.

Méthodologie

Notre équipe a travaillé pendant 6 mois au sein des communautés indiennes ou colons et avec les institutions locales. Nous avons commencé par établir une cartographie précise du système d’acteurs avant de réaliser un diagnostic communicationnel (Rural Communication Appraisal) permettant de bien comprendre les flux d’informations. Nous avons ensuite décidé de mettre en place un protocole d’intervention permettant réellement aux acteurs locaux de prendre l’ensemble des décisions relatives à la construction du diagnostic, et en particulier de définir quelles devaient être les problématiques à traiter et comment elles devaient l’être. Un groupe de travail fut formé en réunissant des représentants des différentes catégories d’acteurs identifiées localement (communautés indigènes, jeunes, Mairie, préfecture, projet floagri, association locale de récolte du cacao, association de femmes artisanes, autorités religieuses). Cet ensemble hétéroclite d’une quinzaine de personnes se réunissait régulièrement pour diriger, depuis sa conception jusqu’à sa diffusion, la production d’une vidéo présentant la région: ils définissaient les thématiques, les scenarii possibles, les personnes à interviewer, les images à filmer, le ton et l’approche, entre autres. Nous répondions à ces attentes et affinions la production vidéo par un processus itératif de tournage/visionnage/montage. Cet exercice ludique, prétexte à l’instauration d’un dialogue entre acteurs, permettait de fédérer les réflexions autour de thématiques stratégiques. L’effort collectif de représentation aboutissait à un « modèle » audiovisuel consensuel, les générations successives des vidéos gardant une trace de l’avancée de la réflexion et permettant d’impliquer progressivement de nouveaux acteurs.

Résultats

Initialement, il existait de fortes asymétries entre ces acteurs, notamment en termes de maitrise de la problématique, mais également en termes de capacité et de possibilité d’expression et de participation aux prises de décision concernant l’évolution du territoire. L’intimité du groupe de travail a facilité une intense concertation et amorcé la résolution d’un conflit entre des communautés et une réserve naturelle, ainsi que la naissance de diverses collaborations pour l’exploitation légale du bois. Les acteurs les plus marginalisés ont utilisé les images comme des preuves objectives de leurs difficultés, et la paternité de l’œuvre audiovisuelle a renforcé leur propre estime. La vidéo en elle-même, bien qu’elle présentait le diagnostic adressé au projet par les acteurs locaux (une analyse très dense d’une durée de 71 minutes) et servait d’outil de plaidoyer à destination des partenaires techniques et financiers, a surtout servi de catalyseur pour faire progresser la dynamique de concertation. Le projet de Vidéo Participative a été collectivement salué.


  • Partenaire financier : Union européenne
  • Mission réalisée pour le projet FLOAGRI par les 2 fondateurs du pôle Com4Dev


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