Diagnostic participatif de la Gestion de l’eau à l’Office du Niger

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Pays : Mali - Commanditaire : Office du Niger - Période : de septembre à décembre 2006

Objectifs

En 2004 a débuté un programme d’appui sur financement européen visant à informatiser toute la gestion du périmètre irrigué de l’Office du Niger, et notamment le pilotage du réseau en assurant un suivi des consommations, de l’entretien et du recouvrement de la redevance eau. Pour faciliter l’élaboration de ces logiciels, il importait de parfaitement comprendre les règles de fonctionnement réelles du réseau et de convaincre les usagers et les agents de terrain du bien fondé de cette informatisation, afin de pouvoir s’appuyer ensuite sur eux pour faire les relevés et assurer l’intégrité physique du matériel de suivi. La zone de l’Office du Niger n’en étant pas à sa première mission d’analyse des difficultés liées à la gestion de l’eau, et ses acteurs étant quelque peu lassés de répondre aux mêmes types d’enquêtes, la nécessité d’obtenir des informations de qualité et de mobiliser les usagers autour de l’objectif informatique exigeait la mise en œuvre d’un diagnostic d’un nouveau genre. Ce diagnostic devait notamment être en mesure de s’affranchir de la barrière de la langue (si la langue administrative est le français, la langue parlée par la majorité des paysans et par bon nombre d’agents de l’office est le bambara), afin notamment de pouvoir être largement diffusé dans les villages de la zone. Il devait également être accessible à des personnes non lettrées. De plus il devait s’effectuer en toute transparence, en particulier afin d’éviter les réinterprétations et les risques de manipulation (plus ou moins consciente), que ce soit de la part des experts eux-mêmes ou des cadres de l’Office supervisant le travail. L’objectif était donc de réaliser un diagnostic dont le contenu pourrait réellement être établi et contrôlé par les acteurs locaux, et surtout les populations du périmètre irrigué. La vidéo a semblé s’imposer comme un outil disposant des potentialités nécessaires à relever ce défi.

Méthodologie

La mission de terrain a mêlé analyse agro-socio-hydro-économique et expertise en animation/communication. Elle s’est étalée sur 3 mois, dont les principales phases ont été les suivantes :

  • étude préalable, entretiens, zonage sur la base de critères sociotechniques, cartographie, composition et fonctionnement du système d’acteurs lié à la gestion de l’eau au sein du périmètre (chaînes hydrauliques)
  • tournage, entretiens semi-directifs réalisés in situ, choix des images d’appui par les interviewés
  • scénarisation collective
  • montage, commentaire off, traduction en langue locale
  • projections-débats pour contrôler le contenu du diagnostic et accompagner un processus collectif de réflexion
  • intégration d’extraits des projections pour compléter ou corriger le diagnostic
  • édition et reproduction des supports vidéo
  • définition du plan de communication


Le diagnostic fut établi sous la forme de 9 modules vidéo thématiques (irrigation, drainage, entretien, aménagements, etc.) regroupant des interviews croisées d’acteurs locaux, illustrées selon leurs souhaits, le tout en bambara et sous-titré en français. Un module introductif didactique, avec des cartes et des animations vidéo, visait à fournir les informations nécessaires à l’appréciation de la problématique dans son ensemble. Le cœur du projet était constitué par les séances publiques de projection/débats multi-acteurs, dynamisées et structurées par le recours aux vidéos pour leur animation. Ces réunions permettaient : (i) de restituer le diagnostic afin de s’assurer de la correspondance de son contenu avec les représentations des différents acteurs, et définir les ajustements nécessaires (les débats étaient filmés et des extraits introduits a posteriori dans les séquences) ; (ii) d’assurer une écoute mutuelle, dans un contexte parfois conflictuel, grâce aux interviews filmés qui représentaient autant d’espaces d’expression « sécurisés », ouverts à tous et équitables en termes de droit à la parole ; (iii) de permettre à chacun d’effectuer un retour réflexif sur sa propre perception de la situation et sur sa place dans le système d’acteurs ; (iv) de stimuler une concertation sur la base du dialogue virtuel établi au sein des séquences, afin d’identifier progressivement et collectivement les points d’accords et de désaccords, les compromis possibles, et d'élaborer des solutions nouvelles.

Résultats

L’intérêt majeur de la démarche de Vidéo Participative était d’offrir à l’ensemble des acteurs les moyens de participer pleinement à l’analyse de la situation. Le rééquilibrage des capacités d’expertise entre paysans et administration reposait sur l’affranchissement des contraintes de la communication écrite, afin que les illettrés puissent contrôler le contenu du diagnostic jusqu’à sa version finale, et sur un accès égal à l’information essentielle pour comprendre le périmètre dans son ensemble. La vidéo permettait également de dépasser les barrières linguistiques, au travers de versions bilingues s’inscrivant dans la tradition orale paysanne. Enfin, sur un terrain surpâturé par le développement, la fascination pour la télévision a fait de la vidéo un outil incomparablement mobilisateur. Les réunions, réunissant dans une même salle et autour des films des paysans, les syndicats, les OP, des agents de terrain, les cadres de l’Office ou encore les représentants de la chambre d’agriculture ont permis de valider pleinement le diagnostic commandé et ont donné lieu à de riches débats sur des questions épineuses et souvent tabou (aboutissant notamment à la demande d’assécher le réseau lors d’une contre-saison pour assurer son entretien). La restitution aux PTF a été un franc succès et ces derniers ont souligné la grande valeur dune telle information « de première main » en regard des expertises habituelles, ainsi que la transparence associée à l’ensemble de la démarche de diagnostic, et l’efficacité du support vidéo pour véhiculer largement les informations. Cela a donné lieu à la volonté d’une campagne de diffusion de bonnes pratiques appuyée par vidéo. Plusieurs centaines de VCD ont été produits et distribués dans les villages de la zone Office ainsi que dans les instances de représentation des producteurs, auprès des ONG, des bailleurs de fonds, etc.


  • Partenaire financier : Union Européenne
  • Mission réalisée pour l’IRAM par les 2 fondateurs du pôle Com4Dev


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