Qu'est-ce que la Com4Dev ?

La « Communication pour le Développement » (CPD, C4D ou Com4Dev en anglais) est un terme générique qui regroupe l’ensemble des pratiques de communication dont le but est de faciliter l’effort de développement.

Deux grandes tendances coexistent à l’heure actuelle en Com4Dev, deux logiques de communication différentes : celle qui est développée à petite échelle et essentiellement sur la base de médias légers (vidéo, théâtre, posters, dessin, etc.) afin de faciliter l’expression et la communication au sein d’un groupe humain bien défini (une communauté par exemple), et celle qui vise des actions à grande échelle en utilisant les mass médias (notamment la télévision ou les campagnes nationales d’affichage, souvent utilisées dans des domaines comme la santé ou la nutrition par exemple) comme support de plaidoyer, de sensibilisation ou de vulgarisation. D’autres expériences, à l’image des emblématiques radios rurales, se situent quelque part entre ces deux modèles.

Pressage de l’huile au Maroc
Dessin S. Demay
© E-Sud


Animer un réseau, fluidifier les échanges, assurer la participation

A petite échelle, les actions de Com4Dev sont généralement mises en place dans une situation de projet (avec des objectifs définis, des actions associées, un chronogramme précis) et dans un contexte multi-acteurs (populations locales, pouvoirs publics, bailleurs, opérateurs, ONG, organismes privés, chercheurs, etc.). Ces différents partenaires du développement n’ont généralement pas les mêmes points de vue sur les difficultés à surmonter et sur la manière de le faire. Ils ne visent pas les mêmes objectifs, ne défendent pas les mêmes intérêts. Ils n’utilisent pas le même vocabulaire, voire le même langage. Ils ne disposent pas tous de la même légitimité pour s’asseoir à la table des négociations, ni des mêmes aptitudes à défendre leurs opinions. Il existe donc de nombreuses asymétries entre les acteurs, qui se trouvent souvent renforcées dans le contexte des pays du Sud où l’accès à l’information et à l’éducation est plus inégal. Il en résulte que ces partenaires ne présentent pas tous les mêmes capacités de participation aux espaces d’expression. Dans ces conditions, et quelle que soit l’intention initiale des porteurs de projet, les travaux de réflexion et d’action collective nécessaires à l’élaboration, à la mise en œuvre et au suivi des interventions de développement peuvent se révéler inadaptés ou insuffisants.


Cité 4, Bateke, RDC. Photo V. Petit et N. Montibert © E-Sud

Au travers de l’utilisation de différents médias dits « modernes » - plateforme web, vidéo numérique, etc. - ou « traditionnels » - contes, chants, affiches, etc. -, la Com4Dev doit permettre de dépasser ces asymétries. Il s’agit par exemple de favoriser la compréhension mutuelle et la naissance d’un consensus pour l’action, de faciliter les prises de décisions individuelles et collectives, d’améliorer participation et coordination, en d’autres termes de structurer collectivement l’effort de développement.

Les aspirations des populations sont-elles bien prises en compte ? Leurs pratiques et leurs savoirs sont-ils valorisés ? Leurs perceptions sont-elles bien analysées ? Les intentions des bailleurs et des pouvoirs publics sont-elles comprises ? Les interventions des opérateurs sont-elles lisibles ? Les informations qu’ils diffusent sont-elles utiles et présentées de manière compréhensible pour les populations ? Chaque acteur est-il en mesure de s’exprimer ? Qu’est-ce qui unit ou sépare ces acteurs ?

En apportant des réponses à ces questions, la mise en place d’un dispositif de Com4Dev aide à garantir la pertinence et l’impact des actions de développement, et permet de lutter contre la

marginalisation des groupes les plus pauvres vis-à-vis des prises de décisions les concernant.

Réunion entre agriculteurs, techniciens et chercheurs, Mexique. Photo V. Petit © E-Sud



Concrètement, un tel dispositif suppose de faciliter différents processus d’échanges, de coopération et d’apprentissage ; d’articuler des idées, des savoirs, des informations ; de tisser des liens. Le « communicateur » joue ainsi un rôle de pivot au milieu des acteurs, devenant animateur ou accompagnateur du développement local. Son expertise devra permettre d’établir le dialogue entre des groupes n’ayant pas nécessairement l’habitude d’échanger, et briser ainsi, au moins temporairement, certaines des barrières liées aux statuts sociaux ou aux incompréhensions réciproques.











Construite de cette façon, la communication permet d’établir la concertation et encourage la participation. Voir notamment à ce sujet le diagnostic participatif de la gestion de l’eau à l’Office du Niger au Mali.

Ces principes dictent également en partie la logique sous-jacente à la mise en place d’un plan de communication à plus grande échelle (voir Diagnostic communicationnel, stratégies et plans de communication).


La recherche du message qui fait sens

Plus ponctuellement, une intervention de Com4Dev peut consister à créer et émettre un message à la fois intelligible et hautement impactant, de par la force de son contenu et son adaptation au public visé.

De tels travaux sont souvent mis en œuvre pour développer des actions de plaidoyer et faire remonter de l’information de la base vers des décideurs politiques, techniques ou financiers. Il s’agit de faire entendre des voix, et de ramener dans la sphère citoyenne des acteurs qui tendent à en être évincés. A l’inverse, il peut également s’agir de diffuser vers les populations de nouvelles techniques ou de vulgariser les résultats de la recherche. Enfin, la Com4Dev peut être utilisée pour développer des outils d’échange d’expériences et de partage de savoirs.

Trois principes régissent un travail de ce type :

  • Avant tout, rechercher le média et le format les plus à même de supporter et de véhiculer le message auprès du public visé.
  • Sur le fond, s’assurer de la participation active du public cible à la phase d’élaboration du message (vidéo participative, écriture concertée, radio communautaire...), ce qui permet de l’imprégner des représentations locales et donc de faciliter sa compréhension.
  • Sur la forme, s’astreindre à un effort constant de reformulation et d’illustration du message afin de concevoir des énoncés intelligibles, s’affranchissant des jargons trop confidentiels (concepts scientifiques, langage administratif, sigles, etc.) et s’appuyant sur les langues locales.
Bande dessinée en langue locale et films utilisés lors des
animations autour des agrocarburants au Bénin
© Bambou Studios, E-Sud, Geres



Voir à titre d’exemples deux missions au Bénin, destinées pour la première à élaborer un outil de mobilisation paysanne et pour la seconde à faire remonter le positionnement des acteurs locaux sur le modèle souhaitable pour le développement d’une filière agrocarburants, ainsi qu’un projet au Niger pour créer des outils d’échange d’expériences sur le Code Rural destinés à la sous région ouest-africaine.


Pour bénéficier d’une approche plus globale et historique de la Com4Dev, vous pouvez télécharger le premier chapitre de la thèse de doctorat de Loïc Colin et Vincent Petit, associés du Groupe E-sud et fondateurs du pôle Com4Dev, intitulé « La communication au service du développement : d’une utilisation massive et standardisée des médias à un usage localement maîtrisé ».

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