Vidéo Participative

Un processus de production alternatif

« Le principe de la Vidéo Participative suppose de décloisonner les différents groupes impliqués dans la production d’une vidéo, en permettant à tous de participer aux différentes étapes du processus (conception, réalisation, diffusion), de sorte que les limites entre les producteurs, les acteurs et les spectateurs s’estompent ou se chevauchent. » (Colin L. et Petit V., 2008)

D’une manière générale, les projets de Vidéo Participative consistent à co-construire avec les acteurs locaux une vidéo autour d’une problématique qui les concerne, voire de les accompagner pour qu’ils réalisent eux-mêmes les séquences. Par exemple, un paysan va pouvoir participer à l’écriture du scenario d’une vidéo sur la vente des produits agricoles, y être interviewé, mais aussi faire partie du public ciblé par cette vidéo. Dans le reportage apparaitront d’autres acteurs de sa filière (producteurs, intermédiaires, transporteurs, consommateurs, législateurs…) avec lesquels il aura travaillé pour coécrire le scenario, et qui visionneront et débattront du film final à ses côtés.

Autre exemple, des adolescents seront sollicités pour filmer eux-mêmes des images d’une vidéo sur le travail des enfants, choisir les séquences qui seront conservées au montage, et participer à l’animation de projections dans des villages.

Utilisée comme outil opérationnel, la Vidéo Participative poursuit deux objectifs principaux qui transparaissent derrière ces deux exemples :

Vidéo Participative en Equateur, Photo L. Colin et V. Petit © E-Sud
  • Mettre en place un exercice collectif permettant de stimuler les interactions entre des groupes d’individus différents : la vidéo est un prétexte autour duquel on cherche à susciter le dialogue et fédérer les énergies et les réflexions des uns et des autres. L’accent est mis sur le processus d’élaboration de la vidéo, qui prévaut sur le produit vidéo qui en ressortira. De la même façon le message du film, le fond, est privilégié par rapport à la forme, à l’esthétique.
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  • Produire et diffuser un message en provenance directe du terrain : un diagnostic réalisé et mis en forme par les populations locales elles-mêmes ; une tribune d’expression offerte à tous et notamment aux groupes marginalisés ; une initiative pertinente à partager documentée par ses acteurs les plus directs… La communication portée par le film réalisé se veut ainsi localement maitrisée.


Dans les deux cas, le travail se déroule de manière « itérative » : au fur et à mesure que le film est tourné et monté, il est régulièrement confronté aux regards des réalisateurs, des acteurs mais aussi des spectateurs, et modifié de façon à en améliorer son contenu, son intelligibilité et son impact. Les générations successives du film intègrent parfois progressivement des extraits des réactions lors des projections, ou bien sont agrémentées de nouvelles interviews ou de nouvelles séquences répondant aux besoin de précisions ou d‘éclaircissements mis à jour par les participants.

La Vidéo Participative est donc avant tout un processus de production spécifique, dont les fonctions sont partagées et le schéma n’est pas linéaire. Pour une approche théorique plus détaillée de la Vidéo Participative, vous pouvez consulter l’article de Vincent Petit et Loïc Colin, associés du Groupe E-sud et fondateurs du pôle Com4Dev, intitulé « La Vidéo Participative, essai de cadrage du concept ».

Un outil puissant mais ni systématique, ni standardisé


La vidéo, en tant que telle, possède de nombreux atouts qui s’avèrent séduisants lorsqu’il s’agit de mettre en place une action de Communication pour le Développement : elle est accessible au plus grand nombre, de par sa nature orale et la puissance descriptive des images ; elle permet une diffusion assez large à faible coût, et potentiellement de grande portée ; elle reste un outil original et ludique et suscite un intérêt certain qui renvoie à la fascination pour l’image et la télévision ; elle peut permettre d’offrir des espaces d’expression « directs », permettant à chaque interviewé d’assumer personnellement son discours ; etc.

Utilisée de manière participative, elle peut également répondre à des enjeux aujourd’hui considérés comme majeurs dans l’accompagnement du développement : organiser la participation au sein de systèmes d’acteurs hétérogènes ; permettre un contrôle des expertises par des personnes peu ou pas lettrées ; accompagner la mise en oeuvre d’un travail de nature réflexive, propice à la prise de recul de chacun vis-à-vis de son argumentation et de son comportement au sein du système d’acteurs ; favoriser la communication et la concertation au niveau local (voire créer les conditions d’une reprise du dialogue) ; mettre en relation le niveau local avec les échelles supérieures, etc.

Mais la Vidéo Participative n’est pas pour autant un outil miracle que l’on peut parachuter n’importe où. Elle peut se révéler inadaptée, engendrer des frustrations, voire des tensions nouvelles entre acteurs, et être objet de manipulations. La vidéo peut également devenir une nouvelle source de pouvoir en fonction de l’habileté des uns et des autres à se saisir de ce nouvel espace d’expression. La pertinence de son utilisation doit donc être soigneusement réfléchie en fonction de la dynamique et des besoins locaux, de sorte que le recours à la VP participe réellement de l’effort de développement.

La diversité des situations et des méthodologies d’intervention, complexes et à réinventer en permanence selon les contextes, réclame donc des « accompagnateurs » ou des « animateurs » à la fois experts en développement, maîtrisant les subtilités des approches participatives et rompus aux techniques audiovisuelles et communicationnelles, de sorte qu’ils puissent adapter leurs pratiques à toutes les aspérités du terrain. Il revient à ces animateurs de soulever diverses questions, parmi lesquelles :

  • D’où vient la demande initiale? Quel est leur mandat ? Qui choisit les participants ?
  • Quel format pour le produit vidéo, pour les ateliers de travail ?
  • Qui conçoit le projet, qui écrit le scenario, qui filme, qui est interviewé, qui participe au montage, etc. ? Ces questions sont cruciales dans un système d’acteurs complexe. La situation nécessite une analyse fine, détachée de tout dogmatisme participatif de la part de l’intervenant (l’expérience démontre que l’excès de participation peut conduire à diverses dérives inattendues), qui doit pleinement assimiler le contexte local (les asymétries initiales entre acteurs, l’existence de marges de manoeuvre politiques, l’existence d’un minimum de dialogue préalable ou de volonté de collaborer, etc.).
  • Quand intervenir, quand lâcher le contrôle ?
  • Quelle animation, quel suivi des différentes phases du processus ?
  • Quelle dynamique de développement autour du projet de VP ? Comment faire perdurer les résultats et faciliter leur appropriation ?


Visionnage collectif lors d’un projet de VP au Mali, Photo L. Colin et V. Petit © E-Sud

MM. Petit et Colin ont consacré deux sections de leur thèse à la construction de garde-fous dans ces domaines. Voir notamment la démarche de Vidéo Participative à l’épreuve du temps et de l’espace et Etablissement d’un cadre déontologique autour des expériences de Vidéo Participative.

Plus largement, ils ont essayé d’apporter des réponses concrètes à toutes ces questions. La version complète de leur thèse, intitulée La Vidéo Participative, outil d’accompagnement du développement local ? peut être téléchargée ici.

Ils disposent également d’une solide expérience de terrain en la matière, et vous aideront à mettre sur pied une intervention pertinente et adaptée à vos besoins. Voire notamment les références :

Quelques applications possibles sur le terrain

=> Faire faire par les acteurs locaux un diagnostic de projet (ex ante ou ex post)
=> Faire évaluer certaines activités ou filières par les personnes directement concernées (évaluation et suivi collectifs de projets)
=> Faire émerger depuis la base des propositions d’alternatives viables et adaptées au contexte et aux enjeux locaux
=> Appuyer des processus de concertation, de négociation ; aider à la résolution de conflits
=> Animer et structurer des processus de réflexion collective (voyages d’étude ou séminaires)
=> Construire des outils pédagogiques ou de vulgarisation en association avec des représentants du public visé
=> Construire des supports de documentation scientifique pour capitaliser et valoriser une série de projets, une recherche, une histoire de développement
=> Faciliter la diffusion des innovations et le partage d’expériences par une démarche de type « paysan à paysan » virtuelle, par là même plus facile à mettre en place sur des échelles d’intervention importantes
=> Participer à des activités de sensibilisation, de recherche de fonds, de plaidoyer, etc.

Sites consacrés à l'aide au développement