Evaluation filmée

Le film évaluatif consiste à utiliser le médium audiovisuel pour rendre compte et apprécier un projet ou programme de développement, en fondant l’analyse sur les critères évaluatifs du CAD (Comité d’Aide au Développement de l‘OCDE) tout en mettant à profit les caractéristiques particulières de l’audiovisuel



Pourquoi utiliser le médium audiovisuel ?

De nos jours les bailleurs de fonds, les institutions nationales ou internationales ainsi que quelques opérateurs sont tenus de rendre compte de leurs actions. De fait, les évaluations ont connu une croissance exponentielle ces dernières années, en étant souvent intégrées dès le départ dans les projets et les programmes.

Mais qui lit ces évaluations ? Quel est leur impact sur les prises de décisions, sur les organisations ou sur le grand public ?

Si l’utilisation d’un nouveau médium, l’audiovisuel, ne peut prétendre résoudre l’ensemble de ces questions, il peut permettre certaines avancées significatives, notamment en changeant l’échelle de diffusion et en permettant de toucher plus largement la ou les organisations concernées par les actions de développement, voire le grand public.

Cette page vous propose un rapide passage en revue des principaux apports et caractéristiques de l’audiovisuel dans le processus évaluatif.

Notre expérience

  • Un travail de recherche effectué par Éric Mounier : master 2 en Relations internationales à Sciences Po Paris, conclut par le mémoire « L’expérience d’une évaluation filmée d’un projet de développement. Apports et limites de l’audiovisuel dans le processus évaluatif ».
  • La première évaluation filmée élaborée avec l’Agence Française de Développement : une évaluation ex-post correspondant à un film d’une heure réalisé par Éric Mounier, « Prey Nup, construire contre les marées », qui analyse les enjeux et les résultats d’un projet d’irrigation et la construction d’une organisation sociale de gestion de l’eau au Cambodge (voir notre galerie vidéo ou sur le site de l’AFD grâce à ce lien).
  • Une seconde évaluation filmée, également en collaboration avec l’Agence Française de Développement et réalisée en Afrique du sud, à Soweto, sur un projet de rénovation d’un réseau d’eau potable et de mise en place d’un nouveau système de paiement (cf. galerie vidéo).

Images extraites du film Soweto, Eric Mounier © AFD, E-Sud
Images extraites du film Soweto, Eric Mounier © AFD, E-Sud

Éric Mounier exerce la profession de journaliste et documentariste depuis plus de 20 ans et a réalisé une centaine de films documentaires ou reportages.

Après avoir obtenu une licence à la Sorbonne nouvelle en communication et effectué une formation professionnelle en réalisation audiovisuelle en 1986, il s’est orienté tout de suite vers le grand reportage. Depuis, il a tourné en Asie, en Amérique du sud et, ces dernières années, plus particulièrement sur le continent africain dans une vingtaine de pays de langues anglophone et francophone.

La grande majorité de son travail est liée, directement ou indirectement aux questions de développement, que ce soit dans le domaine politique (OMC, COMESA, plusieurs commissions de l’Union européenne, les Accords de Partenariats Economiques, la Commission Economique des Nations-Unies pour l’Afrique…), dans le domaine économique (privatisations, commerce internationale, micros projets, exportations des produits africains, études de marchés intérieurs en Afrique, agriculture…), dans le domaine social (les questions d’eau, d’électricité, de la santé, de l’éducation, de la presse, la corruption…).

En tant que réalisateur, il a effectué plusieurs missions pour des institutions nationales ou internationales : l’Union Européenne (DG Commerce, DG Développement, Douanes, CDE, CTA), l’Organisation Mondiale du Commerce, l’UNCEA (Commission Économique des Nations-Unies pour l’Afrique), les ministères français de l’Environnement et des Affaires Etrangères.

En 2007, souhaitant poursuivre son expérience de terrain par un travail de réflexion et de recherche, il a repris des études universitaires et il obtient en 2008 un diplôme Master 2 à Sciences Po dans l’unité « Recherche et pratiques internationales ». Il consacre son mémoire de fin de cycle aux apports et caractéristiques de l’audiovisuel pour l’évaluation.


Écrit versus audiovisuel, quelles différences ?


  • Pour les deux médiums, l’approche est tout aussi rigoureuse et impartiale.
  • L’évaluation filmée apporte une plus grande diffusion et une meilleure visibilité que l’évaluation écrite.
  • Elle accorde également une place plus importante aux acteurs du projet et du programme.
  • L’audiovisuel a des vertus pédagogiques et informatives particulières (voir un événement, une technique, un contexte peut être plus efficace qu’une longue explication écrite).
  • Le médium audiovisuel est moins approprié que l’écrit pour rendre compte de schémas abstraits (concepts économiques par exemple).
  • Par rapport à l’écrit, il offre une vision plus complète et plus sensible de la réalité.


Visibilité


L’évaluation filmée offre une plus grande visibilité que l’évaluation écrite et permet d’ouvrir la réflexion vers un public plus large. La plupart des rapports écrits s’adressent à un public de spécialistes et sortent très rarement de la sphère restreinte des acteurs du projet. Plusieurs études et recherches menées auprès de professionnels du développement montrent que ces rapports sont très peu lus dans leur totalité, parfois même par ceux qui sont directement concernés par le projet.

Le film évaluatif « Prey Nup » réalisé en 2008 / 2009 a pour sa part été vu et débattu par plusieurs centaines de personnes au sein de l’AFD, puis a été projeté à diverses occasions internes et externes à l’Agence : séminaires, centres de formation (Sciences Po, CEFEB...), auprès des partenaires institutionnels, etc.

On peut également ajouter que l’évaluation filmée « décloisonne » le type de receveur classique : le langage utilisé (parlé) et le renfort des images permettent de toucher des non spécialistes du développement, de les intéresser et de les sensibiliser aux enjeux et à la réalité des actions d’aide au développement.


Une mémoire collective


À la différence de l’écrit, la restitution audiovisuelle entre dans le champ d’une expérience partagée et, par conséquent, contribue à la création d’une sorte de mémoire collective. Les travaux de chercheurs de différents horizons, tels que Christiane Metz, sémiologue, David MacDougall, anthropologue cinéaste ou encore Mardi Jon Horowitz, psychiatre, tendent à démontrer que les conditions de restitution (collective et dans une salle de projection) et le médium utilisé permettent aux spectateurs une meilleure imprégnation du projet.

De plus, cette restitution est l’occasion d’un nouveau débat qui participe également à la capitalisation du travail évaluatif mais également du projet étudié.

Images extraites des films Prey Nup et Soweto, Eric Mounier © AFD, E-Sud
Images extraites des films Prey Nup et Soweto, Eric Mounier © AFD, E-Sud


La parole des acteurs


C’est une des caractéristiques fortes de l’évaluation filmée : les acteurs du projet prennent la parole et s’expriment directement, sans le biais du rédacteur. Ils sont maîtres de leurs expressions et contribuent à la construction du discours et de l’analyse. Cette spécificité de l’audiovisuel peut conduire naturellement à pratiquer une évaluation participative, ou, tout au moins, à une certaine appropriation de l’évaluation par les acteurs du projet.

Images extraites du film Soweto, Eric Mounier © AFD, E-Sud
Images extraites du film Soweto, Eric Mounier © AFD, E-Sud


Quels types d’évaluations ?


Il existe de nombreuses formes d’évaluation, chacune d’elles répondant à des besoins spécifiques et à des moments différents de la vie du projet ou du programme. Si « Prey Nup » et « Soweto » sont des évaluations ex-post, l’audiovisuel peut également être utilisé de manière pertinente pour des évaluations ex-ante ou en cours de projet, c’est à dire comme un outil d’aide à la décision.

Si le médium audiovisuel se prête moins à rendre compte de modèles abstraits, comme dans le cas d’évaluation de processus, d’organisation interne ou de schéma économique, il est adapté aux évaluations de pays, de secteur ou dans le cadre de méta-évaluations (par thèmes ou par projets).

L’audiovisuel semble enfin particulièrement bien correspondre aux évaluations qualitatives (telles que Carol Weiss les définit par exemple) ou participatives (voir la page Vidéo Participative), mais il peut également être un outil pertinent et efficace de recueil d’informations dans le cadre d’évaluations quantitatives.

Extrait du Film Prey Nup, Eric Mounier © AFD, E-Sud

L’évaluation filmée n’est pas un film à caractère promotionnel.


Même s’il offre une plus grande visibilité, il est construit sur une approche objective et rigoureuse qui lui confère une grande crédibilité. Cela ne signifie pas pour autant qu’une certaine esthétique ne peut être développée.

Nous pensons que si le discours est objectif et impartial, le travail esthétique sur l’image ne pourra être suspecté d’une volonté de séduction, mais renforcera bien au contraire l’impact de l’évaluation.

Pour en savoir plus, discuter de la pertinence d’une évaluation filmée dans le cadre de vos activités, obtenir un devis, contactez-nous !

Extrait du Film Prey Nup, Eric Mounier © AFD, E-Sud

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